Heritage juif du Kerala

Comme un murmure, presque une légende urbaine susurrée à l’oreille du voyageur attentif. Au Kerala, dont les guides retiennent généralement les plages, les plantations d’épices et les lagunes parcourues de canaux qui lui ont valu le surnom de «Petite Venise asiatique», la communauté juive disparaît. Ils étaient des milliers vivant aux alentours de Cochin après la Seconde Guerre mondiale. Ils ne sont plus qu’une poignée : presque tous ont pris la route d’Israël. Reste les vestiges de leur présence, témoignage d’un millénaire d’histoire égrainé à travers le territoire. Lieux incontournables ou initiatives plus intimistes, voyage sur les traces des derniers juifs de Cochin. Le bus cale, s’ébranle et reprend sa course, valdinguant entre voitures et mobylettes dans une chorégraphie chaotique typiquement indienne. Les passagers suent et oscillent à chaque virage. Miracle de la circulation: chaque lacet laisse présager un accident mais toujours le véhicule esquive. Bienvenue à North Paravur, ville-village qui s’étire en bord de route, à une trentaine de kilomètres du centre de Cochin. Certains préféreront s’y rendre en bateau mais l’Inde ne se goûte qu’au contact de ses foules. L’ancienne synagogue Paravur se dresse dans un quartier périphérique. C’est aujourd’hui un musée. Des travaux de restauration ont redonné au lieu de culte sa gloire d’antan. Murs de chaux et charpentes de bois s’y répondent.

Du perron de la Koder House, on aperçoit les vagues monter à l’assaut des plages de Fort Cochin. L’hôtel de luxe de pierres rouges à l’architecture d’inspiration coloniale fut longtemps la résidence de la famille Koder, des notables juifs de la ville. Il abrite aussi l’une des meilleures tables de Cochin qui cuisine encore des plats juifs. La tradition est à l’oralité et les recettes se transmettent de cuisiniers en cuisiniers depuis des générations. Des cinq plats qui composent le menu typique d’un repas juif local, Shine Lad, le chef, choisit le plus emblématique : une variante d’un curry de poisson. Dans la nuit fraîche, en bordure de piscine, l’ocre du plat s’illumine comme un trésor. Oignons, coriandre, cardamome, poivre…

Une nuée de lustres cristallins pendent du plafond. Des centaines de carreaux de porcelaine au sol. A l’étage, jadis réservé aux femmes, quelques chaises permettent d’assister à l’office. Pour entrer, il aura fallu payer quelques roupies et se déchausser, comme dans un temple hindouiste. Construite en 1567, la synagogue de Cochin tient son nom d’une caste de juifs locaux, les «Paradesi». Traduction littérale : «les étrangers»… L’arrivée de réfugiés séfarades d’Espagne et du Portugal, à partir du XVe siècle a profondément bouleversé l’équilibre de la communauté locale divisée entre la caste dominante des juifs du Malabar et les Meshuchrarim, des descendants d’esclaves. Proche des colons, les Paradesi formèrent rapidement une élite économique et politique et prirent l’ascendant sur la communauté juive historique. La synagogue ne s’illumine que quand le rabbin de Bangalore (à 500 kilomètres au nord) et quelques fidèles s’y rendent pour Yom Kippour ou Roch Hachana.

Le silence disparaît au sortir de la synagogue, remplacé par les harangues des vendeurs et les piaillements des touristes. On plonge dans les ruelles de Jew Town, l’ancien quartier juif de Cochin, condensé d’une Inde plus touristique, calibrée pour les voyageurs de passage.

Rouge, vert, pourpre se côtoient dans les échoppes d’épices. Les magasins d’antiquités proposent des pièces pas toujours authentiques, des kippas à paillettes ou des chandeliers à neuf branches.

Une seule boutique semble encore tenue par une Paradesi : Sarah’s Embroidery Shop. Plusieurs étoiles de David décorent les barreaux aux fenêtres, peints en bleu en l’honneur d’Israël. A l’intérieur, des photos de Sarah, la propriétaire, et de son travail de couture. Assise dans une arrière-salle, la vieille femme attend. Son visage se creuse d’un sourire quand elle entend quelques mots en hébreu. Samuel, un touriste venu d’Israël, tenait à la saluer. Ils se comprennent à peine, échangent un peu en anglais. Il se penche, froisse les pages de la vieille Torah que la femme tient contre ses genoux. Alors qu’il part, Sarah entonne un chant religieux. Quelques notes qui résonnent en écho dans la salle obscure. Dernier vestige d’une tradition presque disparue.

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