Souveraines de l’Inde

Dans l’État du Meghalaya, littéralement « la demeure des nuages », les collines des Khasi ont la majesté des matins du monde. Sous des déluges intermittents, elles dessinent un labyrinthe végétal, dense et sauvage, saigné de rivières qui coulent en cascades depuis le plateau du nord-est de l’Indejusqu’à la plaine du Bangladesh. Les hommes de la tribu Khasi, qui compte 1,4 million de personnes, se sont adaptés au fil des siècles à cette nature hostile et démesurée. Pour enjamber les rivières, ils ont construit de gigantesques « ponts vivants » en domptant les racines des arbres, et, pour relier leurs villages dans la jungle escarpée, ils ont tissé des réseaux de sentiers et d’escaliers. La légende raconte que, un jour, un village fut attaqué alors que les hommes khasi étaient partis chasser. Leurs femmes parvinrent néanmoins à repousser les assaillants. Pour remercier et honorer leurs épouses, les hommes décidèrent de les sacrer gardiennes des biens du clan. Depuis, chez les Khasi, la femme est en effet la légataire unique des terres et des titres. Cette rare organisation sociale a résisté à l’usure du temps. Elle est aujourd’hui l’un des plus larges systèmes matrilinéaires au monde. Dans l’État du Meghalaya, en Inde, il fait bon d’être femme ! Ainsi, les mères khasi transmettent le nom de famille, qui est celui du clan, à leurs enfants. Les filles cadettes, ou à défaut les nièces, sont les uniques héritières de la propriété ancestrale. Par conséquent, la naissance d’une fille, très attendue, est vécue comme une fête. Dans cet État peuplé de 3 millions d’habitants, la Constitution de l’Inde reconnaît même ce droit coutumier. Selon les historiens, cette anomalie culturelle au cœur d’une Inde ultra-patriarcale a ses raisons. Pour certains d’entre eux, le système matrilinéaire aurait permis de préserver le lignage par les femmes, à une époque où les hommes avaient des partenaires sexuelles différentes. Pour d’autres, la tribu vulnérable des Khasi se serait appuyée sur les femmes pour pallier l’absence des hommes qui partaient à la guerre. Au Meghalaya, les gospels sont chantés à tue-tête dans les églises et les filles flirtent avec les garçons à la sortie de la messe. Les rues vallonnées de la capitale, Shillong, sont une ode aux femmes et un défi à l’Inde conservatrice. Les femmes conduisent, tiennent des boutiques, s’habillent librement. Dans les bars, le soir, les étudiantes boivent de l’alcool si elles en ont envie et ne craignent pas d’être agressées. Elles font fi de la pudibonderie des habitants des plaines de l’Inde qui les regardent parfois comme un outrage. Ou avec envie…

Photo de Pierre de Vallombreuse 

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A Propos

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